10 avr. 2012

DE LA FORMATION CONTINUE À LA FORMATION TOUT AU LONG DE LA VIE : OPPORTUNITÉS ET IMPASSES

La formation tout au long de la vie s'impose dans les textes et les discours comme une nouveauté. Or, il s'agit de la reformulation d'un projet humaniste de démocratisation de l'accès au savoir qui s'inscrit dans un processus de longue durée. On peut remonter à Condorcet et à son discours sur l'éducation de 1792, aux associations laïques d'éducation populaire qui se développent au cours du 19°, avec notamment la création de la ligue de l'enseignement (1866) par Jean MACE et l'expérimentation des universités populaires (la coopération des idées à Montreuil) nées dans le contexte troublé de l'affaire DREYFUS.
Le front populaire donnera une légitimité aux mouvements d'éducation populaire et enfin les années d'après-guerre seront favorables à l'expression d'une vision novatrice du développement culturel (Peuple et Culture). Dans le prolongement de cette tradition, les lois Delors de 1971 vont donner un cadre et des moyens à la généralisation de la formation professionnelle continue. Plus tard, en 2002, la loi PERRY affirmera le droit individuel à la formation et rendra possible les démarches de VAE permettant une forme de certification alternative à la formation. Avec ce bref recul historique, nous pouvons aujourd'hui distinguer la formation initiale, la formation professionnelle continue, l'éducation permanente sans oublier l'éducation populaire. Ces différentes approches constituent les opportunités de formation tout au long de la vie, opportunités qui s'inscrivent dans des temporalités et des finalités variées. Ce qui apparaît avec force au regard de ces rappels, c'est la question des droits et de l'accès de tous à la formation tout au long de sa vie. La dualité formation initiale, formation continue est ainsi dépassée. C'est aussi une question de nécessité car il s'agit d'adapter les salariés aux évolutions qui frappent les métiers et les contextes professionnels, d'accompagner la population à vivre dans une société de la connaissance et enfin de contribuer à l'épanouissement des personnes par le développement de leurs "capabilités" pour reprendre un expression d'Amartya SEN. La reconnaissance de la formation tout au long de la vie dans le droit et les dispositifs de formation d'adultes est à situer dans un contexte de transformation rapide des contenus et des formes. Parallèlement à la reconnaissance de ces droits nouveaux, nous avons vécu trois " révolutions " qui ont bousculé les pratiques pédagogiques et l'ingénierie de la formation. La révolution informationnelle, tout d'abord, qui autorise la numérisation de pratiquement tous les contenus, accélère l'accès aux ressources et rend possible de nouvelles situations d'apprentissage notamment en permettant de gérer la distance et la proximité. Ensuite, l'affirmation de l'individualisme moderne qui dessine le portrait d'un adulte autonome et acteur de sa formation, a rendu indiscutable la logique de parcours individuel et du " menu " modularisé et personnalisé. Enfin, la marchandisation de la culture, de l'éducation et de la formation a mis en concurrence des opérateurs publics et privés libres de développer une offre, souvent pléthorique, laissant au marché le soin d'assurer les régulations inévitables des budgets et des effectifs. Dans ce contexte, marqué par l'individualisme, le libéralisme et le marché qui prône l'acquisition compulsive de produits numérisés, la consommation de la formation tout au long de la vie peut constituer une impasse. Alors, dans ces conditions reste-t-il un espace pour des pratiques coopératives d'éducation et de formation ? Si nous considérons que la finalité de l'apprentissage n'est pas uniquement de gagner dans la lutte des places mais de vivre en bonne intelligence avec des humains, alors la question de la production de compétences collectives devient centrale, la coopération formative indispensable. Dans cette perspective, la formation tout au long de la vie, collective et individuelle, est en mesure de contribuer à la production d'une société plus fraternelle.


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