14 janv. 2014

Idéelles et performation


Je nomme idéelles les situations propices à la production, à l’appropriation et à la reformulation d’idées qui portent en elles des vertus mobilisatrices et performatives. Les idéelles présentent des configurations variées, elles peuvent être produites à partir de programmes de recherche, d’expérimentations ou de débats publics. Dans le prolongement des réflexions sur l’action créative développées dans le programme de recherche « La Fabrique du social » (www.lafabriquedusoscial.fr), je souhaite ici interroger les processus de formation d’idées performatives, leur diffusion et appropriation, et les effets de transformation qu’elles produisent. La performativité d’une idée peut être définie comme la capacité (d’un terme, d’une expression, d’une théorie) à produire une action. Etudiant la performativité des sciences économiques Michel CALLON et Fabian MUNIESA (MUNIESA, CALLON, 2008) soulignent que « la performation est à la fois théorique et expérimentale, psychogène et matérielle, distribuée et planifiée, restreinte et élargie, à l’image des agencements qu’elle contribue à instaurer ». Bref, tout un programme !

Je définis ce travail de recherche à partir d’un point de vue empirique et pragmatique qui vise à construire les fondements d’une sociologie de l’action créative.

Empirique, cette recherche trouve ses fondements et sa légitimité dans le travail de terrain. Guidés par une définition initiale d’une orientation générale, voire d’une intuition forgée par l’expérience et l’expérimentation, la collecte et le traitement de divers matériaux constituent le socle à partir duquel, il est possible d’élaborer des schémas explicatifs ou compréhensifs ancrés dans la lecture méthodique et systématique des matériaux. Ensuite, et par effort progressif de généralisation et de modélisation, il est possible de procéder à une confrontation critique de résultats et d’interprétations constitués sur d’autres terrains et avec d’autres approches méthodologiques.

Pragmatique, cette recherche accorde une importance centrale à la production de connaissances dans l’action et pour l’action. Cette attention à la créativité de l’agir (JOAS, 1999) et aux situations propices à la construction de pratiques réflexives ne signifie pas la mise en cause d’autres  formes d’analyse : celles de la rationalité téléologique ou axiologique ; du contexte (socioéconomique, socioculturel, sociopolitique) ; des rapports de pouvoir et  des rapports au savoir. Ces différents points de vue sont articulés afin de constituer des repères d’analyse des actions observables, des discours portés par les acteurs, des effets de leurs engagements et réalisations. 

Je ne suis pas adepte d’une sociologie nombriliste qui scrute l’individu, les bruissements de ses comportements ou encore l’examen d’une partie de son corps considérée comme révélatrice de changements plus généraux (KAUFMAN, 2013). Je ne suis pas en mesure non plus, de bâtir une approche globale et holistique sur les mouvements de la société, voire son effacement (TOURAINE, 2013).

Je situe mon travail au niveau de la construction des rapports sociaux qui naissent de la rencontre entre l’individu et la société ou plus précisément à l'échelle des mobilisations collectives productrices de transformation sociale par l’engagement et la réflexion partagée. Initiative, dynamique, mouvement, engagement sont les termes retenus pour qualifier les processus créatifs mis en œuvre par des acteurs qui s’accordent pour mutualiser des ressources, apprendre et entreprendre collectivement.
A suivre…


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