26 avr. 2016

POLARISATION ET SENS DU COMMUN


Dans le prolongement d’une recherche sur la gouvernance territoriale de l’Economie sociale et solidaire – ESS- (PENVEN, MUNOZ, 2007) qui a montré les processus de reconnaissance et d’institutionnalisation de l’ESS par les collectivités territoriales (Région, Départements, Métropoles), nous engageons aujourd’hui une réflexion partagée et comparative sur la constitution de régimes territoriaux de l’ESS en Région (ITCAINA, 2015). Les régimes territoriaux sont définis (ITCAINA, SEGAS, 2010) comme la  formation sur un territoire d’un climat de confiance et de réciprocité, la mise en œuvre d’une gouvernance démocratique, la construction partagée de problèmes publics et d’intérêt général. A partir d’une enquête récente[1] sur les réalisations et les perspectives des Pôles de développement de l’économie sociale et solidaire à l’échelle des Pays (au sens de la loi Voynet) en Bretagne, nous proposons d’explorer trois questions triviales permettant de caractériser, du point de vue des acteurs, l’émergence de « communs ». La première question, d’inspiration comparative, nous la formulons ainsi : Pouvons-nous identifier ce qu’il y a de commun entre les 17 pôles ESS financés par la Région Bretagne ? Autrement dit, à partir d’un même cadrage politico-financier, de quelle manière les processus d’appropriation et de développement par les acteurs associés ont-ils permis de bâtir une identité de pôle ESS commune mais aussi d’affirmer des spécificités locales ? Ensuite, nous retenons une question plus factuelle : que produisent concrètement les pôles ESS de commun à leurs membres et plus largement de commun au territoire. Nous retenons ici une définition des communs considérés comme une construction sociale (HARRIBEY, 2011) fondée sur la mise en œuvre de « pratiques sociales qui cherchent à mettre en place une gouvernance collective afin d’assurer l’accès à certaines ressources et un mode d’allocation de ces ressources entre les acteurs concernés qui ne repose pas à titre principal sur le marché ou la redistribution publique » (CORIAT, 2015). Ces ressources territoriales (économiques, sociales, informationnelles, culturelles) construites et mutualisées par les acteurs « polarisés » constituent-elles un levier de développement solidaire ou sont-elles de nouvelles opportunités, voire d’aubaines, pour des entrepreneurs mobilisés par la promotion de leur propre projet entrepreneurial ? Enfin, les discours de justification de l’action s’inspirent-ils à présent de la grammaire des « communs » ? Autrement dit, les cadres discursifs de l’ESS historiquement fondés sur l’association, la mutualisation, la coopération sont-ils « contaminés » par d’autres concepts à la mode et à diffusion virale comme les « communs », « l’innovation sociale » ou encore le « développement humain durable » ?

Cette enquête fera l'objet d'une présentation lors du séminaire du RGORESS le 17 mai 2016 UFR LSH Ségalen UBO




[1] L’enquête a été menée de Novembre 2015 à Mars 2016, en mobilisant l’analyse de trois types de matériaux : l’exploitation d’une documentation de présentation des pôles complétée par deux rapports d’évaluation ; la conduite d’une enquête par questionnaire prolongée par des entretiens auprès des responsables, salariés et élus, des pôles.

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